Greg Laraigné : L'homme aux multiples talents et à l'âme artistique!

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Dans cet entretien, notre ami Greg Laraigné nous parle de ses débuts en tant qu'artiste, de l'influence que la musique a eu sur sa démarche artistique ainsi que sur son apprentissage de tattoo « à l'ancienne »! Il nous partage aussi sa vision et sa philosophie à propos de l'univers du tatouage et des influenceurs « old school ». On y découvre un artiste mais aussi un gars humain et attachant.


TNE: Pourrais-tu te présenter brièvement et nous parler un peu de ton histoire?

GL: Pour répondre à la question que tout le monde se pose, LARAIGNÉ c’est mon vrai nom. 
J’ai 36 ans, je suis née en France, j’ai grandi à la frontière Suisse et j’ai passé ma fin d’ adolescence et mon début de carrière à Genève. J’ai baigné dans la musique, le skate et le snowboard, j’ai joué dans un groupe de punk rock du nom de  Hateful Monday pendant environ 15 ans,  et je suis arrivé dans le tattoo un peu par hasard, comme si je n’avais pas vraiment choisi.
Dans beaucoup d’interviews, tu lis que les mecs dessinaient depuis touts petits et qu’ils savaient très jeune qu’ils voulaient faire ce métier… 
Mais pour moi, je faisais faire mes dessins du cours d’art plastique par mon père parce que je détestais ça, ma vie à complètement viré de bord avec un concert de H2O et un poster de Scott Sylvia.



TNE: Dans quel studio travailles-tu présentement ? 

GL: Je travail depuis maintenant 6 ans chez IMAGO TATTOO, institution Montréalaise établie depuis 21 ans.



TNE: Depuis combien d'années est-ce que tu tatoues?

GL: Ça va faire 13 ans en Avril.



TNE: As-tu toujours voulu être tatoueur ? Comment en es-tu arrivé là? Qu'est-ce qui t'as poussé vers le métier?

GL: Comme je l’expliquais avant, je n’aurais jamais pensé devenir tatoueur quand j’étais kid, et puis vers 16 ans le tatouage m’a happé… 
Je faisais du skate avec des amis de mon tout premier band à Genève et on a été stoppés net par une affiche de concert pour le groupe de Hardcore Punk H2O.  Une affiche simple,  noire, avec un sacré coeur bien 90’s dessiné par Scott Sylvia
Je n’ avais jamais entendu parlé de ce groupe, mais le visuel m’a scotché.
On a décidé d’allé au show. C’était la première fois que je me retrouvais face à face avec des mecs aussi tatoués autant sur scène que dans le public, c’était comme un monde parallèle pour moi, j’étais subjugué.

On est d’accord que le tatouage n’était pas du tout mainstream à Genève fin 90, on voyait  pas beaucoup de gens tatoués de la sorte. 
À partir de là, suite logique, je me suis fait tatoué à 17 ans  (un sacré coeur inspiré de ce cover de disque de H20), et j’ai commencé à trainer de tattoo shop en tattoo shop juste pour retrouver cette vibe particulière que tu ne pouvais trouver nulle part ailleurs à l’époque.

J’ai continué de me faire tatouer. À 18 ans, alors que je me faisais faire ma première half  sleeve, j’ai eu ce petit rêve, j’ai dessiné une semaine comme un malade et apporté mes dessins plus horribles les uns que les autres à mon tatoueur de l’époque dans l’espoir de décrocher un apprentissage.  
 Il ma rapidement dit que ce n’était pas pour moi! ahaha. 
J'ai abandonné l’idée et le dessin aussi vite que ça m’était venu, et je me suis remis à temps plein dans la musique. 

Je continuais régulièrement à me faire tatouer par contre, toujours bien passionné.
Des années plus tard, la compagnie de booking pour laquelle je travaillais à fait faillite, je suis allé voir ce même tatoueur qui venait d’attaquer le reste de ma sleeve pour lui dire que je ne pouvais plus assumer mes rdvs pour le moment puisque je n’avait plus de rentré d’argent. 
Il venait d’ouvrir son nouveau studio, et m’a offert de finir ma manche en échange d’heures de présence au shop. Il avait besoin d’ un coup de main pour gérer les clients, le ménage, etc.
Je suis parti 7 ans plus tard. 
Un jour il m’a simplement demandé si je voulais apprendre. LA MÊME PERSONNE qui m’avait envoyé bouler des années plus tôt ahahah. J’y ai pensée calmement pendant la nuit, ça me faisait un peu paniquer sachant que je n’avais ni les skills de dessins, ni le talent, que je risquais probablement de me planter, mais c’était une opportunité qui ne se représenterait plus jamais. J’ai accepté. La suite s’est fait  à l’ancienne, au shop 6 jours sur 7, de  9h à  19h, soudage d’aiguilles, ménage, stérilisation, gestion des clients, le tout sans salaire et sans vacances pendant au moins 2 ans, jusqu’à ce que ce soit le moment de toucher une machine. Des conditions qu’on ne verrait plus, mais je suis fier d’être passé par là.



TNE: Comment décrirais-tu ton style? Peux-tu nous parler de tes principales influences? (Tatoueurs ou autres)

GL: C’est une drôle de question pour moi, j’ai souvent ce dilemme quand je rencontre du monde et qu’il me demande ce que je fait. J’ai eu la sensation que je n’avais pas de style particulier. Quelque soit le sujet je vais essayer de le faire avec un twist intéressant et le plus précis possible. J’apprécie vraiment le travail « fine line », couleur ou noir et blanc, du moment que c’est léché et solide.
Je ne peux pas en dire plus, Je ne trip pas tellement sur les étiquettes.
Pour mes influences, j’affectionne particulièrement les thèmes classiques et le début du tatouage custom. Fine line, noir et gris smooth ou au contraire couleurs saturées.
J’ai toujours été inspiré par les tatoueurs des années 1990 et 2000, et ils restent encore à ce jour mes références.
 À cette époque, l’éthique de travail était importante, les tatoueurs ont commencé à voyager beaucoup, à prendre des risques artistiques, à échanger et à rapporter de nouvelles influences. J’ai l’infime conviction qu’ ils voulaient toujours pousser un peu plus loin, et tout était encore à faire. Je parle de pointure comme Tin-Tin, Filip Leu, Mick, Grime, Adrian LeeRob Koss, Phil Holt, Thimothy Hoyer et j’en passe.



Qu’est-ce qui t’a plu et attiré vers ces genres spécifiques ?

GL: Ce qui m’ a toujours attiré c’est le fait de pouvoir discerner le travail des artistes du premier coup d’oeil. De nos jours je trouve que tout est copié et dilué dans la masse. La qualité est de plus en plus excellente mais tu reconnais plus une technique et un style, qu’un tatoueur. 
Je pense que c’est un des mauvais cotés des réseaux sociaux. Aujourd’hui, nous avons tellement accès rapidement à une banque de donnée de tatouages et d’images que nous consommons à outrance. On  digère et on réutilise tout trop vite.
Il y 10, 20 ans, tu achetais un magazine, tu voyais un truc qui te faisais halluciner et tu avais un mois pour l’assimiler, le comprendre, le digérer et te l’approprier. De nos jours tu le regarde  quelques secondes sur ton cell et tu passes à un autre. La qualité monte mais l’identité disparait.



TNE: Si tu n'étais pas tatoueur, quel serait ton métier?

GL: J’ai eu beaucoup de jobs, depuis très jeune et dans des domaines vraiment variés,  je relèverais mes manches sans problème du moment que ça me permet de manger et dormir au chaud. Mais dans l’idéal, je travaillerais probablement dans le monde de l’évènementiel, de la musique, ou je retournerais sur la route avec ma guitare pour performer le plus souvent possible comme je l’ai déjà fait. 


TNE: Quels sont tes autres intérêts? passe-temps? 
 
GL: La musique. J’ai toujours joué dans des bands et j’ai un projet solo depuis plusieurs années. J’ai un album (Greg Laraigné - « Story Tellers, True Believers) que tu peux trouver sur toutes les plateformes (Itunes, spotify, deezer, etc…) et bien de la tournée sous le coude.
Je travail actuellement sur des nouvelles chansons en vue d’ un nouvel album pour la fin de l’année.



TNE: Selon toi, est-ce que le tatouage est une forme d’art ou bien un artisanat ? Et pourquoi ?

GL: Pour moi, tu ne peux pas voir l’un sans l’autre sans faire fausse route. 
Nous les tatoueurs, nous ne sommes pas juste là pour nous exprimer artistiquement, nous ne travaillons pas sur un canevas mort. Le tatouage reste un échange humain puis un craft, et si en plus on peut y ajouter une touche artistique solide, alors c’est le meilleur des deux mondes. 
Sans client, pas de tatouage. Tu peux être artiste, peindre et n’ avoir aucun « fanbase », ne toucher personne, ne jamais vendre tes toiles mais toujours continuer à peindre. 
Lorsque tu es tatoueur, tu ne tatoue pas sans client, donc comme un artisan, tu travail à la commande. 

Je ne connais aucun tatoueur qui travail uniquement sur flashs et qui ne fait aucune modification pour ces clients. L’un ne va pas sans l’autre. Tu ne peux pas avoir un beau tattoo si tu n’écoutes pas ton tatoueur et que tu le contrôle artistiquement, et tu ne peux pas rendre ton client heureux si tu ne l’écoute pas et travail uniquement selon tes goûts. 



TNE: Où trouves-tu ton inspiration? 

GL: Selon moi tu peux t’inspirer de tout, il suffit d’observer tout ce qu’on a autour de nous et de prendre le temps. Un film, une chanson, une oeuvre peuvent être une  inspiration mais ça peut aussi être une rencontre, une histoire, un trip et n’importe quoi qui nous entoure, Ça n’a pas besoin d’être visuel. Un pigeon mort sur le trottoir devant ta porte peut être inspirant, il peut avoir une certaine aura et une élégance triste et appuyer le fait que tout ne tient qu’a un fil, à partir de là tu peux en faire une peinture ou un dessin pour un flash.
J’essaye de garder les yeux ouvert et de décrocher de mon cellulaire. 



TNE: Comment fonctionne généralement l'approche avec ta clientèle? Fais-tu surtout des pièces sur demande ou ils puisent dans tes flash?

GL: Je travail rarement sur flash,  pour moi le tattoo ce n’est pas simplement blaster un de mes dessins sur une personne, c’est un truc plus humain, une experience d’équipe,  même si artistiquement je vais leader. Je trouve que l’échange fait toute la différence. 
J’ai déjà eu des sessions vraiment cool sur des clients excellents qui te font grandir humainement ou t’apportent quelque chose de spécial. En travaillant sur des tattoos pas super intéressants artistiquement, et à l’inverse,  j’ai déjà eu des projets qui me faisaient triper grave, à faire sur des personnes difficiles, renfermées. Les séances devenaient un vrai  poid.
Je favorise le feeling en premier, ensuite on parle du projet. Si on est sur la même longueur d’onde, ça va rouler tout seul. 
Et de nos jours, on est chanceux, les clients magasinent pas mal online, donc quand ils te choisissent tu sais que tu vas être assez libre artistiquement. 



TNE: Quelles sont tes principales philosophies de vie et de travail?

GL: Rester honnête et professionnel et ne pas oublier d’où je viens.
Chaque client vient avec son bagage, son histoire, son expérience. J’essaie de comprendre quel est leur univer et qu’est ce qui les amènent à se faire tatouer. Sinon, j'essaie d’avoir  un rythme de vie sain et routinier. Je me lève tôt, je me couche tard et j’essaye d’accomplir un truc chaque jour en dehors du tatouage. Je dessine,  je pratique ma musique et quand je me couche ça me rends plus heureux, sinon je me sens coupable ahahah . 

 


TNE: Comment décrirais-tu l'évolution de ton travail à travers les années?

GL: De médiocre à solide ahahaha.
En suisse j’ai appris à faire des tatouages dans les règle de l’art. Faire du travail vraiment propre. Je ne parle pas d’hygiène mais de solidité et de précision. 

Mais en arrivant à Montréal j’ai appris tout le reste, tous les autres aspects du « craft ». 
J’ai approfondi ma technique et mon style, et j’ai redécouvert l’importance d’être rigoureux et humain. J’ai réalisé que de donner les quelques heures d’amour en  plus sur un dessin faisait une réelle différence quand tu le tatoue.

Je travaille plus fort dans la recherche de référence et dans l’étude de mon dessin, je ne vais pas juste allez au plus facile artistiquement. 
J’ai mis les bouchées doubles pour pondre des oeuvres plus abouties, ce qui m a permis d’être plus efficace et plus rapide.
J’aime toujours autant le détail, mais j’essaie de plus en plus de simplifier mon travail, pour que le tatouage reste vraiment lisible et beau sur le long terme.



TNE: Est-ce que le tatouage te fait voyager? Quand tu pars tatouer à l'étranger est-ce que tu vois une grande différence avec ta clientèle habituelle?

GL: le tatouage me fait beaucoup voyager et je pourrais voyager bien  plus mais pour le moment je n’en ai pas super envie.
Je suis bien à Montréal, et j’ai eu la chance d’être invité comme « guestartist » dans  bien des places mais je me garde le luxe de favoriser quelques offres de qualité. Je vais régulièrement en Suisse allemande à Lucerne au  XXX tattoo au coté de Rob Koss et de son équipe de tueurs et de temps en temps à Tampa en Floride chez Redletter1 le shop de Phil Holt et Jeff Srisic aussi entouré de tatoueurs super talentueux.  Chaque fois que je fais un de ces voyages, je reviens plus fort artistiquement, techniquement et encore plus passionné. Je ramène des kilos de motivations.
Après, à chaque fois que je fais un voyage personnel, je finis toujours par visiter les tattoo shops. 



TNE: Fais-tu beaucoup de conventions? Qu'est-ce que tu aimes particulièrement en convention? et n'aime pas?

GL: Ce que j’aime avant tout en convention c’est l’aspect humain et rencontrer des gens. Pour moi c’est primordial. C’est la seule raison pour laquelle j’en fait. 
Ça me permet de revoir des amis de longues date et de rencontrer des personnes que je n’aurais potentiellement jamais croisé.
C’est aussi l’occasion de découvrir bien des artistes et leurs techniques, de continuer à apprendre, de promouvoir mon travail et de me faire connaitre.

Mais je ne fais que très peu de conventions,  3 ou 4 par ans peut-être.
Parce que sincèrement,  pour tatouer, Safwan nous a créé un tellement bon environnement au IMAGO que je préfère rester là. Ma station de travail et les conditions  y sont tellement optimums que chaque fois que je suis en déplacement j’ai la sensation de partir faire du camping même quand c’est au top ahahah.

 


TNE: Quel est le but ultime que tu t'es fixé par rapport à ton travail? Qu-Est-ce que tu vises? 

GL: Je n’ai pas de but  « carriériste »,  je souhaite simplement toujours progresser, essayer de faire mieux chaque jour et  tatouer jusqu’à ce que je ne sois physiquement plus capable . Le jour où je ferai ça comme une job,  je pense qu’il sera temps pour moi de passer à autre chose.

 

TNE: As-tu des histoires palpitantes à nous raconter en rapport au tatouage? à tes expériences?

GL: J’en ai trop, venez me voir au booth à la convention Nouvelle Ère, je vous les raconterai.

MERCI GREG D'AVOIR PRIS LE TEMPS DE RÉPONDRE À NOS QUESTIONS! :)


En plus d'être un tatoueur de talent, Greg vous partagera quelques chansons de son répertoire Dimanche le 27 à la convention Tattoo Nouvelle Ère.

C'est un rendez-vous!!