Une vibe d’underdog : 1kid1skate à Tattoo Nouvelle ère.

Yannick Laviolette Fondateur

Yannick Laviolette Fondateur

Ian Truman

Le skateboard m’a toujours paru comme un milieu unique ou le punk et le hip hop arrivaient à se rencontrer, ou des jeunes cinéastes en devenir rencontraient des artistes, des gars de graffiti, des designers et autres genres de monde un peu étrange. Le simple fait d’être assis sur le bord du trottoir ou d’un banc de skatepark et tu pouvais tomber sur un kid qui parlait d’un projet ou d’une œuvre qu’il travaillait ou une compagnie qu’il voudrait fonder à partir d’une simple idée.

Quand j’ai contacté Yannick Laviolette pour cet article, il m’a immédiatement paru comme le meilleur exemple d’un kid issu de ce milieu-là. À 38 ans, il est entrepreneur mais a passé sa jeunesse dans les show punks de Montréal. Il à cette vibe underdog des années 90 qui semble de plus en plus difficile à trouver de nos jours. C’est dans la façon unique et peut-être même étrange de se préoccuper de certaines choses, la façon dont il a vu une situation et a décidé de la régler juste parce qu’il pouvait le faire.

« J’étais continuellement au skatepark et je voyais tous ces jeunes-là qui se tenaient autour mais qui avaient pas de skateboard. Me dit-il. »

Solution : il décida de rentrer dans un skateshop et d’acheter 10 planches avec son propre argent. Il fit le tour des skatepark pour voir qui en avait le plus de besoin et leur donna un skate. Aussi simple que ça. Une ronde de médias sociaux plus tard, sur Facebook et Instagram, et un professeur décida de contacter Laviolette et la fondation 1kid1skate prit forme.

Je suis conscient que plusieurs d’entre vous n’auront aucune misère à faire le lien entre l’utilité du skate et la persévérance scolaires. Pour ceux et celles d’entre vous qui en douterait encore, laissez-moi vous en faire la démonstration en trois points tout simples.

Premièrement, le skate vous ouvre à une nouvelle perspective sur le monde. Ian Mackaye, la légendaire figure derrière des groupes comme Minor Threat et Fugazi, dit du skateboard que ce sport lui a permis de découvrir l’architecture et la notion de structure. Il se mit à regarder les textures des surfaces, les matériaux utilisés pour trouver des nouvelles directions au travers de l’environnement qui l’entourait.

Le skate se trouve indéniablement à ce point de rencontre ou le design, l’art, la rébellion, la musique et le sport se retrouvent. C’est vraiment le genre de milieu qui attire ce que l’on appelle désormais des « créatifs. » Et même si le skateboard est considéré maintenant comme un sport, il reste que c’est un sport créatif au même titre que d’autres personnes considèrent la gymnastique comme un sport créatif. Non seulement est-ce que vous êtes laissés à vous-mêmes pour créer et enchainer des mouvements, vous devez le faire en interaction avec la ville autour de vous.

C’est aussi là que vous rencontrerez des gens qui pensent juste un peu différemment, comme vous, qui ont un intérêt envers certains musiciens ou un artiste qui viens de faire un show de peinture sur planche de skate mais qui faisait aussi du « silksceen » sur d’autres projets. Ce genre d’état d’esprit ou tout peut se mélanger est vraiment présent au sein du skate.

Finalement, il ne reste plus grand monde à convaincre que le skate peut être brutal. Si tu perds ton focus ne serait-ce qu’une seconde, tu te ramasse sur l’asphalte. Avec ou sans protection, le choc reste réel. Les chevilles risquent d’y passer, les genoux aussi, le cou peut en prendre un coup, pareil pour tes poignets, etc… Tu ne comptes même plus les bleus ou les égratignures mais tu remontes sur la planche, respire un coup et recommence.

Le skate c’est cet endroit où tu trouves une étrange combinaison de « apprendre différemment » et de « essaie-échoue-recommence » qui demeure, quand on y réfléchit, l’état d’esprit de tous les entrepreneurs qui ont réussis à percer dans ce monde.

Yannick Laviolette en est un exemple parfait. Il continue de bâtir son entreprise tout en s’occupant de son enfant et double les efforts pour garder 1kid1skate actif. C’est exactement le genre de modèle que les kids « à risque » de la rive-sud ont besoin parce que lui-même a eu de la misère au secondaire.

« Ces kids-là. Ils savent pas vraiment pourquoi il faut qu’ils soient assis en classe. Le programme de skateboard leur donne une récompense mais ils faut qu’ils atteignent leurs objectifs. Les deux premiers mois on voit beaucoup d’absences, mais ceux qui se sont forcés, ils vont aux skatepark, dans les tournois. Souvent dans ces places là on donne des t-shirt ou je leur trouve une paire de souliers de skate. »

Souvent, c’est suffisant pour que les retardataires améliorent leur discipline. Le fait que le programme soit mensuel leur permet de voir qu’un peu plus d’effort peux avoir un résultat concret.

« Si tu te pointes pas à l’école, tu la reçois pas la récompense. C’est comme sur une job et je leur parle comme ça aux kids, on leur parle directement pour qu’ils savent c’est quoi la vie après l’école. »

Bien que 1kid1skate ait reçu la reconnaissance de la commission scolaire locale pour son programme, il reste que Laviolette demeure seul à s’occuper de tout ça. Il a reçu le support de certains commanditaires comme le skatepark Spin sur la rive-sud, mais l’aide monétaire reste rare et en besoin du fait qu’il ne reçoit l’appui d’aucun palier de gouvernement malgré son statut officiel d’OSBL.

C’est pourquoi la convention de tattoo nouvelle ère a décidé de le contacter afin de lui donner la visibilité et des ressources dont il a besoin pour continuer la mission qu’il s’est donné. Le milieu du tattoo et du skate n’est pas étranger à cette réalité : beaucoup d’entre nous ont été ce jeune ou cette jeune, qui se demandait chaque jour si l’école ça valait la peine ou pas.

C’est pourquoi je vais me permettre d’être un peu plus insistant qu’à mon habitude dans ce cas-ci. Yannick Laviolette tiens ce programme-là à bout de bras depuis quatre ans et quiconque a déjà essayé d’améliorer le sort de personnes autour de lui sait à quel point ça peut être exigeant. Un simple « like » ou un simple « share » ne sera pas suffisant dans ce cas-ci. Allez à la convention, allez voir 1kid1skare, montrez votre support, apportez un skate, donnez de l’argent…

On se force un peu sur celui-là, alright?